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Première grande interview de Loïc Graber nouvel adjoint à la culture qui succède à Georges Képénékian devenu maire de Lyon. Pour mytoc.fr, il trace les grandes perspectives.

«Il y a des tas de choses à imaginer !»

C’est un débutant en politique mais il a déjà bien intégré les règles. Prudence d’abord. Il sait écouter, nuancer… Un air de DRH. Indispensable dans cet univers culturel inquiet face aux restrictions budgétaires et à un manque de reconnaissance. Compétence aussi. Un peu techno, il semble bien connaitre ses dossiers, du Musée des Tissus à la salle Rameau. Fermeté enfin, il sait affirmer sans concession quelques valeurs et priorités dans cet univers sensible. Notamment sur les contrats aidés, l’émergence ou le numérique. Sans exclure la création de comités d’usagers de la culture !
Né à la Croix-Rousse, des parents psychiatres et une école hôtelière, il a travaillé pendant une quinzaine d’années comme chef de projet pour un cabinet spécialisé dans la valorisation du patrimoine. Militant associatif, comédien amateur, il a rejoint le PS au cours de la campagne présidentielle de Ségolène Royale avant de s’engager derrière Emmanuel Macron dans le sillage de Gérard Collomb. Un élu qui vient tout juste de passer le cap de la quarantaine. Et qui affiche tranquillement ses ambitions pour la culture.  A suivre. 

ENGAGEMENT

Devenir adjoint à la culture c’était votre objectif ?
J’ai cette particularité, en tant qu’élu, de ne pas avoir de plan de carrière… Lorsqu’en 2014 je me suis engagé dans la campagne des municipales, ma seule ambition c’était de rejoindre l’équipe du 7e arrondissement de Lyon pour donner un coup de main. Et j’ai été appelé auprès de Gérard Colomb pour m’occuper de la participation citoyenne. C’était un grand pas dans l’inconnu et une opportunité. D’autant que j’ai été longtemps membre de conseils de quartier et que j’ai un parcours associatif dans différents univers. Pendant trois ans, j’ai porté de belles réalisations, notamment un outil de participation numérique qui permet aujourd’hui d’interroger les Lyonnais sur nos politiques publiques. 
Quel est votre parcours professionnel ?
Après un Bac de sciences économiques, j’ai fait l’Ecole hôtelière de Thonon-les-Bains puis mon service militaire au sein de l’association humanitaire Equilibre. Après un stage à la Cour des Loges, j’ai travaillé cinq ans dans l’hôtellerie-restauration. Mais j’ai eu l’impression de ne pas m’épanouir dans ce milieu. J’ai alors repris mes études à l’université Lyon 2 où j’ai passé un master développement local et gestion du patrimoine. Au cours d’un stage, j’ai été embauché par un bureau d’études spécialisé dans le patrimoine culturel,  Médiéval, devenu AFDP où j’ai été chef de projet pendant 14 ans avant de démissionner pour des raisons de disponibilité car c’était incompatible avec mes fonctions d’élu. 
Comment avez-vous plongé en politique ? 
J’ai toujours eu un engagement associatif et militant. J’ai également eu un parcours artistique. Avec une pratique amateur en musique, chant choral et théâtre, notamment au Nombril du Monde, sur les pentes de la Croix-Rousse. Une belle expérience. 
C’est le théâtre qui vous a donné envie de faire de la politique ?
Un peu, oui ! En tout cas, ça m’aide… 
Comment peut-on s’engager en politique à une époque où les politiques sont souvent méprisés ?
J’ai toujours considéré que mon engagement politique était d’abord un engagement de terrain. Aller à la rencontre des gens, discuter avec eux, les écouter et les convaincre. Souvent de belles rencontres. Mon objectif n’était pas de devenir élu.
Qu’est-ce qui vous a attiré au PS et qui vous a poussé à le quitter ?
Depuis l’âge de 18 ans, j’avais envie de m’engager. Et puis il y a eu la campagne de Ségolène Royale en 2006. Un révélateur. J’ai fait partie des adhérents à 20 euros, car elle apportait une bouffée d’air frais dans cette vieille maison socialiste. Ensuite j’ai fait la campagne de François Hollande, très activement. J’y ai cru et j’ai été un peu déçu comme d’autres. Puis il y a eu Emmanuel Macron que j’ai eu l’occasion de croiser à l’Hôtel de Ville en 2016. 
Vous avez eu droit au discours sur Don Quichotte ?
Oui ! J’ai d’ailleurs été séduit par sa culture. Une capacité assez extraordinaire à mémoriser, à conceptualiser, à avoir une vision… Et à incarner un renouveau. Malheureusement, il est aujourd'hui un peu rattrapé par les évènements, comme tous les présidents de la République. La lourdeur du système fait que c’est un peu plus compliqué que prévu. Mais j’ai plutôt envie de lui faire confiance même s’il y a quelques points d’alerte. Les APL, c’est une erreur de communication. En revanche, sur les emplois aidés, je suis très inquiet. Autant je suis convaincu qu’il faut sortir d’un système d’assistanat, autant ça ne peut pas se faire en claquant des doigts. Ça s’anticipe et ça se travaille avec les gens concernés, notamment le milieu associatif. Ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. Moi qui reçoit de nombreuses sollicitations des acteurs de la culture, je vois bien le désarroi qui est le leur. Et j’ai beau leur dire qu’il faut inventer une nouvelle démarche, diversifier les recettes… A court terme ce n’est pas possible. Mais Emmanuel Macron a cinq ans pour bâtir son projet. Des choses positives ont déjà été lancées. Il faut attendre avant de juger. 

MUTUALISATION

Quelle est votre ambition culturelle pour Lyon ?  
A Lyon, la culture a toujours été une priorité depuis l’arrivée de Gérard Collomb à la tête de la ville. Que ce soit avec Patrice Béghain ou avec Georges Képénékian.  C’est tout de même le deuxième budget de la ville après l’Education. Environ 20% du budget global. Je vais donc m’inscrire dans une continuité. Avec quelques points forts, notamment sur les musées où la ville a lancé un travail de rapprochement. Les deux musées Gadagne, le musée de l’imprimerie et le musée Henri Malartre ont désormais un fonctionnement mutualisé tout en gardant une identité propre. Cette volonté de transversalité a été bien acceptée par les équipes. alors que ce n’était pas gagné d’avance. 
L’objectif c’est de rationaliser le fonctionnement de la culture ?  
Rationaliser, ce n’est pas un mot que j’aime bien. Ne plus travailler avec des oeillères, ça me parle beaucoup plus. Aujourd’hui, les musées de la ville travaillent ensemble. Certains services ont été mis en commun, ils se renvoient des visiteurs, ils montent des opérations communes, ils se partagent des outils… Là on est vraiment dans le bon usage de l’argent public. C’est un chantier qu’il faut poursuivre, approfondir. 
C’est surtout une volonté de faire des économies !
Oui sur les postes d’encadrement. Mais ça ne peut fonctionner que si les équipes jouent le jeu. C’est ce qui s’est passé. Aujourd’hui, certains me demandent même d’aller plus loin. Et puis on a la chance d’avoir à la tête de ces équipements de jeunes directeurs et directrices, avec un regard neuf, qui ont envie de faire bouger les choses. A Malartre, pour la première fois depuis cet été, vous pouvez faire un tour en voiture dans le parc. Ce qui parait une évidence pour un musée de l’automobile mais ce n’était pas possible jusqu’à présent. 
Cette démarche n’empêche pas la ville d’investir dans les musées. A Gadagne, un gros chantier démarre : la rénovation de la scénographie. Au musée historique, on va également remettre la scénographie au goût du jour et ouvrir ce musée sur l’histoire contemporaine et l’architecture.

SUCCESSION DE THIERRY RASPAIL

Quels sont les autres grands chantiers culturels ?  
La succession de Thierry Raspail au Musée d’Art Contemporain qui partira au printemps prochain.
Vous avez déjà des pistes ?  
On a des pistes. Notre idée c’est de bien affirmer l’identité art contemporain de la ville qui a une carte à jouer sur ce terrain. Mais ça ne sera pas facile car il a été un pionnier en réalisant un travail sur l’image et le son. Dans les années 90, alors qu’on commençait à parler d’éducation aux médias, c’était un des premiers à focaliser son attention sur le rapport aux technologies modernes. 
L’objectif c’est de faire venir un grand nom ?  
Des opportunités peuvent se présenter mais il y a surtout une volonté de poursuivre le travail amorcé par Thierry Raspail et de lui donner une autre dimension en ouvrant l’art contemporain à de nouveaux publics. 
L’art contemporain est-il en train de s’essouffler ?    
Quand l’art contemporain interroge notre fonctionnement et notre environnement, je trouve qu’il est extrêmement pertinent. Car ces artistes nous interpellent sur le monde de demain. Mais on peut s’interroger sur sa place dans la vie, dans la ville. Aujourd’hui de nombreuses oeuvres sont disséminées dans la ville… Mais qui est capable d’en citer une, à part le bouquet de fleurs de la Pace Antonin Poncet ? Il faut donc mettre en place des solutions. Il y a aussi une très grande richesse dans les collections du MAC qui méritent d’être montré davantage et de façon différente.

RAJENISSEMENT ET RENOUVELLEMENT   

Faut-il renouveler et rajeunir les directeurs d’institutions culturelles ?  
On le fait, on renouvelle… Joris Mathieu à la tête du TNG ou Gwenaël Morin à la tête du Théâtre du Point du Jour, souligne qu’on est dans un rajeunissement. Mais quand on cherche quelqu’un pour prendre la tête de l’Opéra, c’est compliqué de faire appel à un quelqu’un qui sorte d’une école, qui n’a pas de réseau, ni d’expérience. On peut faire des reproches à Serge Dorny, ce dont les médias ne se privent pas, mais il faut reconnaitre qu’il a fait évoluer l’Opéra de Lyon de façon magistrale depuis qu’il en a la responsabilité. Que ce soit en terme de programmation, de reconnaissance internationale mais aussi de moyens financiers à travers le mécénat. Là on se dit qu’on a de la chance d’avoir de vrais professionnels. 
Mais les nominations à la tête d’institutions culturelles rencontrent souvent une certaine résistance…
On n’est pas là pour pousser qui que ce soit dehors. Mais c’est à chacun de sentir s’il est toujours en phase avec le projet pour lequel il a été désigné. Et prendre ses responsabilités. Exemple : Gwenaël Morin qui a été nommé au Théâtre du Point du Jour il y a quelques années est venu nous dire : j’ai rempli ma mission, j’ai envie de faire autre chose, je m’en vais. Ce renouvellement doit venir aussi d’un changement de mentalité.
Mais vous restez très prudent dans ces nominations…
Non, nous avons une volonté de renouvellement qui s’est exprimée, par exemple, quand Jean-Marc Bador a quitté l’ONL. Il a été remplacé par une femme assez extraordinaire, Aline Sam-Giao, qui arrive avec une vision, un savoir faire et une vraie expérience à la tête de l’Orchestre des Pays de Savoie. Alors qu’elle été nommée il y a quelques mois, elle a envie de changer, elle nous pousse…
Etes-vous favorable, comme elle, à un financement mixte public-privé ?
Est-ce qu’on a encore le choix aujourd’hui ? J’ai travaillé plus de 14 ans dans le privé. Pour la culture, l’entreprise n’est pas l’alpha et l’oméga car elle a ses propres logiques. Néanmoins l’univers culturel ne peut pas être totalement déconnecté de la sphère économique. Jusqu’à présent, on privilégiait le mécénat. Ce qui reste une relation très limitée. Souvent des opérations ponctuelles, essentiellement basées sur de l’image. Aujourd’hui les entreprises développent un rapport différent avec la culture. Exemple : un grand promoteur immobilier, très présent à Lyon, est allé voir le Musée des Confluences en disant : j’ai un problème sur un de mes projets, je n’arrive pas à trouver la bonne intégration sociale et humaine, je suis prêt à investir pour débloquer la situation en réalisant une exposition… Le musée a proposé non seulement une expo, mais ensemble ils ont travaillé pour établir un vrai dialogue avec les habitants de ce secteur, associer les salariés de ce promoteur… Pour aboutir à un vrai projet culturel. Une démarche qui ouvre des portes. 
Le profil idéal d’un directeur d’institution culturelle ?   
Pour moi, un acteur de la culture doit avoir l’ambition d’ouvrir la culture sur le monde. Et d’aller au devant du public. Exemple, Joris Mathieu est arrivé avec un double projet. Un projet artistique et un regard sur le jeune public car c’est la spécificité de ce théâtre. Mais il a aussi une approche innovante. Avec le Festival Micro Mondes, il intègre des acteurs du numérique, de nouvelles formes d’expression, il fait venir les gens sur le plateau qui se retrouvent en direct, en lien avec les comédiens… Il faut avoir cette curiosité !

LE MODELE NINKASI   

Mais la fréquentation des salles n’est pas toujours à la hauteur des attentes…  
Je ne demande pas aux directeurs de salle de me fournir en permanence des chiffres de fréquentation, des taux de remplissage… Car ils ont une autonomie artistique. Donc on n’intervient pas sur la programmation. Mais c’est vrai que certaines pratiques artistiques ont plus de difficultés que d’autres à rencontrer le public. Quand je vois le succès du festival des Utopistes aux Célestins qui met le cirque au coeur de la ville de façon extrêmement ludique et accessible, là je me dis qu’on est dans le vrai. Quand je vois l’Auditorium, aussi. Grâce à une programmation très large : musique du monde, concert classique, ciné-concert… Résultat, on n’est pas loin des 80% de remplissage !
La fréquentation des salles est un critère pour vous ?    
Non ce n’est pas un critère. En revanche, quand quelqu’un me dit, je voulais voir ce spectacle mais je n’ai pas pu y aller parce que je n’avais pas les moyens, là ça pose un problème. Mais au-delà de l’accessibilité financière, il y a l’accessibilité culturelle. Ce n’est pas parce que vous avez un spectacle à 5 euros que des gens qui n’ont jamais mis les pieds à l’Opéra vont rentrer à l’Opéra. Donc il faut inventer des solutions pour que ces institutions sortent des murs, entrent en contact avec les populations les plus éloignées des pratiques culturelles, développent des projets, leur donnent envie… Exemple : Le Ninkasi à Gerland qui vient de réouvrir après des travaux cet été. En tant qu’élu du 7e, j’ai demandé à des habitants du quartier pourquoi ils n’étaient pas allé à un spectacle de rap et j’ai senti que rentrer, même au Ninkasi qui n’est pas aussi impressionnant que l’Opéra, ça leur faisaient peur. Du coup, on a demandé au Ninkasi de travailler avec les associations locales, notamment les jeunes de Gerland, on a donné un petit coup de pouce financier pour qu’ils proposent des tarifs vraiment attractifs, qu’ils présentent leur programme et qu’ils organisent des événements conviviaux pour que les gens franchissent la porte. La politique tarifaire est nécessaire mais la médiation et l’accompagnement auprès des publics éloignés de la culture est fondamentale.
Entre les discours marketing et les approches élitistes, quelle méthode préconisez-vous ?  Je ne sais pas s’il y a une méthode idéale. C’est une combinaison et il faut arriver à mettre le curseur au bon endroit. On a fait un grande enquête sur les musées pour essayer de mieux cerner les attentes du public. En interrogeant aussi ceux qui ne fréquentent pas les musées. Les premiers enseignements sont assez intéressants sur la méconnaissance, la crainte, le manque d’intérêt… Cela donne des éléments d’analyse qui vont permettre d’ajuster les programmes, y compris sur les horaires, les tarifs… Reste à savoir s’il faut associer le public de façon permanente avec des comités d’usagers de la culture… Je ne sais pas. En tout cas il y a des tas de choses à imaginer. 

MUSEE DES TISSUS    

Vous regrettez le Musée des tissus ?    
Je regrette quoi ?
Que ce musée ne soit plus lyonnais !    
Mais il reste lyonnais. D’ailleurs j’attends de voir ce qui va se passer. Car effectivement il y a eu des effets d’annonce de la Région. Nous, on a clairement dit que Lyon n’avait pas la capacité d’accompagner le scénario qu’elle proposait. Parce que nos investissements sont bloqués jusqu’en 2020. Donc même si on le voulait, on ne pourrait pas. On a alors proposé un schéma différent qui nous paraissait plus équilibré sur le plan financier. 
Quel était le scénario que vous proposiez ?  
S’appuyer sur les musées de Lyon et de la Métropole, notamment Confluences et les Beaux-Arts pour avoir un vrai programme scientifique et culturel dont la vocation était d’abord d’assurer la conservation des collections, aujourd’hui en mauvais état. L’idée c’était de créer un centre de conservation et d’étude. On inventorie, on met à l’abri, on restaure… Puis on fait tourner ces collections avec des expositions permanentes dans ces deux musées qui reçoivent un million de visiteur par an. 
D’autre part, on a proposé de garder un des deux hôtels particuliers du musée et de créer avec les Beaux-Arts un pole muséal autour des collections arts déco. Le deuxième hôtel particulier étant vendu pour financer la restauration du premier. Globalement ça avait plus de sens. D’autant qu’avec Hélène Lafont-Couturier pour Confluences et Sylvie Ramond pour les Beaux-Arts qui connaissent bien leur métier, on pouvait avoir un vision globale. Avec un montage financier beaucoup plus dans la pérennité. Aujourd’hui, je ne sais pas comment la région va financer 15 millions d’euros d’investissement. Et le million d’euros en fonctionnement qui va leur manquer… 
Vous vous intéressez toujours à ce musée ? 
Contrairement ce qui a été dit, on s’est toujours senti concerné par le Musée des Tissus. On a d’ailleurs mis 250 000 euros en 2017 pour que le musée continue à fonctionner, on a cherché des partenaires financiers… On a toujours été impliqué et on continue à suivre ce projet, bien sûr. 

SALLE RAMEAU 

Quel est l’avenir de la salle Rameau ? 
L’appel d’offre va être lancé en novembre. Avec un cahier des charges assez ouvert sur le devenir de cette salle mais une volonté culturelle marquée. 
Cette salle restera contrôlée par la ville ? 
L’inquiétude de certains élus c’est que ce patrimoine disparaisse et quitte le giron de la ville. Dans le cahier des charges, il est clairement mentionné que toutes les hypothèses seront étudiées notamment celle d’un bail emphytéotique c’est-à-dire que le bâtiment reste propriété de la ville pour être confié à un partenaire pendant un certain nombre d’années.
Mais l’impératif restera culturel ? 
C'est clair mais ce n’est pas exclusif. Il peut y a voir d’autres activités en complément. Car j’imagine qu’un opérateur qui souhaite reprendre cette salle, va nous dire : je veux bien faire de la culture mais il faut envisager une activité un peu plus rémunératrice… Ça peut être un restaurant, une brasserie… 
Vous avez un modèle ? 
Le Ninkasi, qui a beaucoup été critiqué quand ils se sont lancés au début des années 2000, est un exemple assez intéressant par sa capacité à générer des recettes sur des activités de restauration, bière-hamburger. C’était très novateur à l’époque. Ce qui a permis au Ninkasi de proposer une programmation de qualité et un soutien à l’émergence avec des scènes tremplins, un festival, un accompagnement des groupes locaux… Cela n’est pas incompatible, au contraire. Car lorsque vous programmez un groupe qui n’est pas connu, il ne va pas forcément remplir la salle. D’où la nécessité d’avoir une activité qui génère d’autres recettes. 
Quel est le timing ? 
Le démarrage c’est novembre. Avec un appel à candidature et ensuite un appel d’offre. Donc c’est parti jusqu’à l’été prochain. 

DANSE 

Quel est le chantier culturel emblématique pour vous ?  
Le chantier de la danse. Un gros chantier, très intéressant et emblématique car on restaure un lieu patrimonial cher aux Lyonnais, le musée Guimet. Et on est sur un projet danse qui est une vraie identité de la ville avec la Maison de la Danse, la Biennale et son défilé, de nombreuses compagnies, des écoles… D’autant que ce projet intègre la pratique amateur à laquelle sera consacrée un des trois studios créés. 
Vous ne regrettez pas d’avoir abandonné ce projet de nouvelle Maison de la Danse ?  
Financièrement je ne sais pas comment on aurait pu le faire. Quand je vois les besoins qu’on a aujourd’hui sur l’ensemble de nos équipements culturels qui vieillissent, je suis heureux qu’on se soit laissé des marges de manoeuvre. La réponse qui est apportée n’est certes pas au niveau d’une nouvelle Maison de la Danse mais c’est aussi une belle réponse, très complémentaire, qui répond à un besoin réel. 
D’autres grands projets dans les années à venir ?  
Il faut qu’on réinvestisse les équipements existants. Exemple, les bibliothèques. On a répondu à une urgence absolue : les developper. On en a ouvert trois cette année, en investissant 26 millions d’euros quand même. Sans doute il faudra en faire une de plus sur le prochain mandat. Aujourd’hui, à la bibliothèque de la Part Dieu il y a un vrai besoin. Avec un très gros chantier de rénovation du silo jusqu’en 2022. Il faut vider ce silo, plusieurs kilomètres de rayonnage sur 17 niveaux. Et il faut rénover la partie publique qui date des années 70 et qui a un peu vieillie surtout au coeur d’un quartier qui sera entièrement transformé en 2022. Le centre commercial aura changé d’apparence, la gare aussi, les espaces publics… La bibliothèque doit se remettre à niveau. Mais je pense aussi aux différents agents qui travaillent dans les lieux culturels pas toujours dans des conditions idéales. Notamment à l’Auditorium où on engage un chantier pour la rénovation des espaces de travail. Plus d’un million d’euros. Je pourrai parler aussi du TNG, du Théâtre du Point du Jour, du Théâtre de la Croix-Rousse…

DEUX PRIORITES   

Quelle est votre priorité pour la culture ?   
Continuer coûte que coûte de soutenir l’émergence malgré les contraintes, notamment les problèmes des contrats aidés. C’est essentiel car ces artistes émergents sont ceux qui feront la culture de demain. Si on se loupe là dessus, Lyon perdra cette force vive. 
Et comment accompagner ces artistes émergents ?  
Pas simplement avec de l’argent ça peut être aussi un accompagnement technique, administratif, la mise à disposition de lieux… Ce qu’on fait aujourd’hui avec plus ou moins de bonheur.
Il ne faut pas sensibiliser aussi les grands acteurs de la culture qui peuvent être tenté par l’entre-soi ?   
L’émergence est un de mes priorités. Et on dispose déjà d’un ensemble d’outils qui vont nous permettre d’aller plus loin. Deux exemples. 
Sur l’art Contemporain, on a la Biennale et l’IAC de Villeurbanne qui présentent actuellement des travaux d’étudiants en fin d’études ou de jeunes artistes. Avec une remise de prix et une vraie aide pour leur permettre de continuer à travailler. 
Pour la Fête des Lumières, on expose des jeunes artistes notamment sur les pentes de la Croix-Rousse. Une mise en avant qui peut donner envie à des programmateurs de les exposer dans d’autres lieux.
Des efforts sont faits, aussi, pour le spectacle vivant. Les scènes découvertes ce n’est pas ce qui manque à Lyon : Marronniers, Clochards Célestes, Espace 44, l’Elysée…. Mais aussi la SMAC avec le Périscope et le Marché Gare. Des lieux intermédiaires entre la sortie de l’école et les grands plateaux. Les Ateliers, le Point du Jour doivent aussi continuer à accueillir cette émergence. Et puis on a les Subsistances qui se veulent être un laboratoire de création artistique où ce travail doit être poursuivi. Même si les moyens financiers sont moins importants.
Et le numérique ?   
C’est ma deuxième priorité. On a une vraie culture du numérique à Lyon. Quand on dit numérique, on pense aux Nuits sonores. C’est très bien. Mais Il y a aussi des tas de collectifs qui émergent. Et le festival Mirage qui attire de nombreuses compagnies.  
La culture est-elle en retard sur le numérique ?    
Oui et Lyon a une vraie carte à jouer. C’est un terrain sur lequel je veux travailler et m’impliquer. 

ATTENTION DANGER !    

Le prochain budget de la ville de Lyon risque d’imposer de nouvelles restrictions à la culture ?     
Non, en tout cas pas en 2018. Après on attend de voir quelles seront les décisions de Bercy pour limiter les dépenses des collectivités locales. Et on verra comment ça se répercute sur le budget. 
Les acteurs de la culture redoutent pourtant que leurs subventions soient encore en baisse !     
Le plan marge de manoeuvre a été mis en place partout, dans toutes les institutions culturelles. On a démarré en 2015, 2016, 2017… Tout ce qui est en cours a été discuté et acté avec les structures concernées. Mais il n’y aura pas de nouvelles restrictions budgétaires, si ce n’est l’application de ce plan. Mais si l’Etat nous impose de nouvelles baisses de dépense il faudra bien qu’on trouve des solutions. Pour l’instant on n’a pas de visibilité. Mais la culture a pris sa part de responsabilité. Au delà, ça deviendra compliqué, dangereux. 
Il faut en parler à Gérard Collomb !    
Entre autre !

UN BINOME POUR LA CULTURE    

Est-ce que le nouveau maire de Lyon va intervenir dans tous les dossiers culture ?   
La chance c’est que Georges Képénékian connait extrêmement bien les dossiers culture. Et qu’il a une vraie sensibilité. Donc on sait qu’au moment des arbitrages financiers, la culture sera plutôt bien défendue. Ce qui est rassurant. Mais il faut que chacun trouve sa place, lui dans ses nouvelles fonctions de maire, moi aussi avec une délégation compliquée, des acteurs nombreux, plus de 160 associations aidées… Donc beaucoup de sollicitations. Mais je crois que nous formons un bon binôme pour la culture. 
C’est un binôme qui est à la tête de la culture à Lyon ?     
Non, il y a un élu à la tête de la culture et un maire qui suit les dossiers. Ce qui est une très bonne chose pour la culture !

Propos recueillis par Philippe Brunet-Lecomte et Nadège Michaudet
Photo : première prise de parole de Loïc Graber, avec à ses côtés le nouveau maire de Lyon, lors de la rentrée culturelle en septembre 2017 à La Piscine.

 

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