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Le couvent de la Tourette accueille, dans le cadre de la Biennale d’art contemporain, une exposition de l’artiste coréen Lee Ufan. Dialogue subtil entre art et architecture.

Un coréen pour apprivoiser le Corbusier

Journée pluvieuse. Quelques petites routes entre champs et forêt. Le chef d’oeuvre du Corbusier impose sa silhouette à flanc de colline. Ciel encore sombre où le soleil apparaît. Lumière d’automne, magique. Murs de bétons brut, structure épurée, pas d’ornements, ni d’artifice. Une majesté dans sa nudité, sa simplicité.
Lee Ufan a investi quatre salles de cours au troisième étage du bâtiment. Des pièces simples aux murs blancs, quelques piliers et d’immenses baies vitrées fragmentées en rectangles par des armatures en métal. “Le Corbusier a agencé les façades selon le rythme d’une composition de Iannis Xenakis”, explique une médiatrice. Un jeu entre musique et architecture repris par Lee Ufan dans une de ses installations. Un sol recouvert de plaques d’ardoises sur lequel le visiteur est invité à marcher. A chaque pas, un crissement, un craquement. Avec une lumière et une vue magnifique.
Dans une autre salle, une grande cage blanche, fines parois de papier et bords arrondis. A l’intérieur, un gros bloc de pierre grise. “Avec cette cage aux formes douces et à l’apparence fragile, Lee Ufan a voulu rompre avec la froideur de l’architecture du Corbusier”. 
Autre installation, une grande plaque de verre sur laquelle sont disposées trois pierres de petite taille. Sur le verre se reflète la structure géométrique des baies vitrées ouvertes sur la forêt. Impression d’une surface liquide. 
Suite de l’exposition à l’étage inférieur après une descente assez raide par un petit escalier en colimaçon. Dans le réfectoire, une dizaine de personnes sont attroupées autour d’un homme en robe blanche. Marc Chauveau, frère dominicain, historien de l’art et commissaire de cette exposition. Cheveux blancs, yeux bleus, visage doux, il raconte : “L’ironie du sort c’est que Lee Ufan n’aime pas l’architecture du couvent, il la trouve trop abrupte. Il a donc cherché avec son travail à humaniser le Corbusier ! Ce qu’il apprécie en revanche c’est que ses oeuvres occupent un lieu habité. Alors que vivre avec des oeuvres d’art, aujourd’hui c’est réservé aux milliardaires !”. Passionné, il commente deux toiles accrochées dans le réfectoire. Presque entièrement blanches en dehors de quelques touches noires. “Une plage de silence sur un mur qui vibre.” 
Dans la chapelle, gigantesque sarcophage de béton, l’artiste a placé sous un hublot une toile peinte en rouge qu’il a recouvert de gravier. Un trompe l’oeil. L’impression d’une coulée de lave sous le sol. “Ainsi sont reliés le ciel et la terre”, conclut le commissaire.
Une belle exposition qui met en scène le dialogue entre architecture et création contemporaine. Des oeuvres simples et subtiles : un son, un reflet et du vide pour révéler la beauté insolite de cet édifice. En apprenant à voir autrement. A visiter par une après-midi ensoleillée !

 "Lee Ufan", du 20 septembre au 20 décembre 2017, au couvent Sainte-Marie de la Tourette, route de la Tourette 69210 Eveux. Tel 04.72.19.10.90. Du mardi au dimanche de 14h à 18h30. Entrée de 3 à 7 euros.

Agathe Archambault

 

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