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Le peintre et sculpteur vu par un écrivain qui va subir des jours de pose. En observant le génie. Avant de raconter. Un joli film, parfois très drôle. Mais une vérité un peu légère.

Giacometti vu par son modèle

Paris, début des années 60. Un décor d’abord. Des voitures disparues, DS et autres 404, une mode aussi, pantalons et jupes étroites, cravates fines… Et une ambiance. Beaucoup de fumeurs en série et des bistrots remplis de sacrés buveurs.
Puis tout à coup, on plonge dans l’atelier du maitre. Un escalier, une cour minuscule, une chambre en désordre et une sorte de loft où il travaille. Sculptures d’abord, ombres longilignes. Giacometti. Quelques personnages dans ce huis clos assez théâtral. Lui, sa femme attentive, son frère discret, une jeune prostituée insouciante.
C’est au milieu de cette petite tribu que va débarquer un jeune homme. Grand, mince, élégant… James Lord. Il a accepté de lui servir de modèle. Trois jours maximum, c’est juré. Une éternité en fait.
«De face, tu as une tête de brute, de profil une tête de dégénéré», lui explique l’artiste en saisissant ses pinceaux. Une confrontation où se conjuguent les mots, les regards et les gestes.
Un personnage, James. Même si le film ne dit pas un mot sur ce fantôme. Ecrivain, américain amoureux de la France, passionné de peinture, critique et redoutable polémiste, homosexuel, collectionneur, grand ami de Picasso, qui va beaucoup écrire sur Giacometti… Mémorialiste et fabuliste ? Un style en tout cas. Désinvolte, ironique et sans gêne. Mais dans ce film, on découvre un garçon effacé, silencieux et discret. Séduit par celui qui a décidé de «faire» son portrait.
Trois couleurs sombres sur sa palette : noir, gris et brun. Peu à peu, on voit la toile prendre vie. Des traits, des ombres, des lumières. Un ensemble qui se dessine. Et tout à coup, il anéantit son oeuvre, au blanc. En hurlant : «Je n’y arriverai jamais». Mais il recommence en grognant à son souffre-douleur : «Ne souris pas!», en rectifiant sa position avec autorité.
Puis il l’entraine dans une longue balade dans un cimetière où Giacometti décrète : «Cézanne avait raison, tout simplifier». Il se lance alors dans une violente diatribe contre Picasso qui «a pris ça au pied de la lettre» en le traitant au passage de «voleur». Coupable d’avoir égaré les surréalistes dans une grande foire.
Un joli film, de belles images surtout, bien construites, bien cadrées. Une lumière travaillée. Beaucoup de gros plans saisissants. Et une confrontation intelligente entre la sculpture, la peinture et les vivants qui se faufilent entre les oeuvres.
C’est l’écrivain-modèle qui raconte. Un livre qui a servi de base au scénario pour ce «Final portrait». Une sorte de vengeance !
On découvre un Giacometti déjà célèbre. Génial bien sûr. Donc odieux parfois, souvent même. Brutal, impatient, colérique. Il ne parle pas, il grogne, hurle. Provocateur, «je vais voir les putes». Buveur, toujours une cigarette au bec. Un regard implacable derrière de grosses lunettes. Sale, attifé comme un clochard. Des liasses de billets pleins les poches qu’il cache pour ne pas les voir. Ou qu’il balance par les fenêtres pour souligner son mépris de l’argent. Offrant un beau cabriolet à sa muse ou achetant au prix fort son proxénète. Alors que sa femme batifole avec son amant japonais.
Le Giacometti de James Lord, sans doute. Une vérité peut-être. Saisissante et drôle. Mais un peu anecdotique. Film captivant bien sûr car il souligne que derrière le génie, il y a une inspiration mais surtout du travail. Et une formidable exigence.

«The final portrait» de Stanley Tucci avec Geoffrey Rush, Armie Hammer, Tony Shalhoub, Sylvie Testud, Clemence Poésy. Durée : 90 minutes. Au Comoedia.

illustration : Emilie Tolot

 

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