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Un film qui mériterait d’avoir du succès, malgré ses maladresses. Pour rendre hommage à Romain Gary, écrivain célèbre, héros et mystificateur, porté par une mère infernale. Charlotte Gainsbourg superbe.

«La promesse de l’aube» Un film populaire à la gloire d'une mère

Premières images au coeur d’un carnaval latinos qui défie la mort. Squelette surgi d’un cercueil, applaudi par une foule rigolarde qui danse et qui chante. Alors que lui, est en train de mourir dans sa chambre d’hôtel après avoir achevé sa «Promesse de l’aube». Feuillets griffonnés dans la fièvre.
«J’étais résolue à devenir tout ce qu’elle attendait de moi…»
Une voix off, celle de Pierre Niney. Pour «dire» ce livre, un des plus célèbres de Romain Gary où il raconte sa vie, sa mère surtout. Un roman vrai, tricoté de mensonges donc. L’incroyable destin d’un personnage de légende. 
Mina Kacew adore son fils, le vénère. Femme seule dans une Pologne agitée par les démons qui vont déchirer l’Europe. Sous la neige de Vilnius, elle se bat pour survivre. En le poussant vers la gloire.
Elève moyen, il se cherche entre musique et peinture avant d’apprivoiser les mots. Il sera écrivain. Victor Hugo, lui souffle sa mère. Mais il faut vivre avant d’écrire. Alors il deviendra un héros. 
Elle veut l’envoyer en mission à Berlin tuer le führer qui menace. Il apprend à tirer au pistolet. Mais renonce, les filles sur la plage. «C’est comme ça que je n’ai pas tué Hitler».  
La guerre éclate alors qu’il fait ses premières armes. Aviateur, il rejoint De Gaulle en Angleterre, en bravant tous les dangers. «Je t’interdis de mourir», hurle Mina en lui imposant la seule trinité qui mérite, pour elle, de se battre : les femmes, l’honneur et la France. Il publie son premier roman. La gloire qui pointe son nez. Blessé, décoré, célébré. Mais sa mère n’est plus là. Conquêtes et duels. Toujours au bord du précipice. La vie devant soi. Officier, diplomate… Ecrivain avant tout. Une bonne trentaine de romans et un suicide avec deux Goncourt en poche. Encore un exploit pour celui qui jongle avec son talent et les mystifications. 
«Une promesse de l’aube», signée par un spécialiste des «bides» au cinéma. Accablée par une partie de la critique. Logique, Romain Gary a été suspecté toute sa vie. Et au fond il l’a bien cherché car il a couru après ce succès qui a toujours des airs faciles pour les génies de l’ombre. Un film à gros budget en plus, deux stars et un beau livre d’images. Trop simple, trop populaire. 
Bien sûr, ce film est loin d’être parfait. Des longueurs, des maladresses. Et des chromos, des évidences un peu lourdes. Et de formidables combats aériens qui agaceront les puristes. Trop spectaculaires. Un péplum, une leçon de vie un peu vintage. Mais un personnage attachant. Non pas lui, mais sa mère. Tout est là, dans ce fantasme maternel d’un désir innocent qui a fabriqué un destin hors du commun.
Etonnante Charlotte Gainsbourg. Tout en discrétion et pudeur, totalement à contre-emploi pour le rôle. Mais elle se laisse porter par cette figure illuminée de mère juive. En adoptant même cet accent étrange, vent d’Est. Une maturité assumée, rayonnante. Front en avant, menton en retrait, regard sombre planté dans celui de son fils fragile. Cigarettes compulsives et rires fous. Des mains aussi, longues et fines, une autorité. Elle montre le chemin à son Romain qui promet de «donner un sens à son sacrifice» en consacrant sa vie à «cette tâche».
Impossible de moquer cette belle Mina. Malgré quelques faiblesses. Car l’essentiel est là.
Un souffle qui vient de loin. Inspiré, son père. A voir sans craindre de verser une larme, discrètement. 

«La promesse de l’aube» d’Eric Barbier avec Charlotte Gainsbourg, Pierre Niney, Didier Bourdon (2 h 10).

 

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